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Un mouvement européen

Vous avez dit baroque ?

Le terme « baroque », appliqué à l’origine aux arts décoratifs et à l’architecture, désigne un style exubérant né en Italie, qui va connaître au cours du XVIIe siècle une expansion dans toute l’Europe et même au-delà. Sur le plan artistique, l’ère baroque succède à la Renaissance et laisse place au Classicisme, qui à son tour disparaîtra au profit du Romantisme. Deux bornes marquent symboliquement la période musicale baroque : la création de l’opéra Orfeo de Monteverdi (1607) et la mort de Jean-Sébastien Bach (1750). La réalité est toutefois plus subtile. Par ailleurs, il faut bien distinguer ce qu’on appelle la « musique classique », terme générique pour décrire la musique savante du XVIe au XXe siècle, du « style classique », qui s’oppose au style baroque et règne sur l’Europe entre 1750 et 1800 environ.

L’ère baroque, une période prospère

La notion de baroque fait référence au formidable bouleversement qui agite la vision et la place de l’art dans la société durant tout le XVIIe siècle et la première moitié du XVIIIe siècle. L’ère baroque est du point de vue historique une période relativement opulente et dynamique. Le développement commercial favorise l’émergence d’une riche classe de marchands, dotée d’une sensibilité cosmopolite et encline au mécénat. Le contexte est extrêmement favorable au développement des arts, de l’artisanat et de la musique. Musicalement parlant, la période baroque revêt une unité profonde qui ne relève pas seulement de facteurs strictement techniques ou artistiques. Les compositeurs baroques vivent à une époque de forte expansion culturelle et leurs œuvres traduisent l’optimisme et l’énergie d’une Europe confiante en son avenir.

Représentation de Ste Cécile à l'orgue par Jacques Stella

Une musique au service du roi ou de Dieu

Époque d’unification et d’absolutisme monarchique, l’âge baroque conçoit la musique au service du monarque (musique de cour) ou de Dieu (musique d’église). Alors que la musique de la Renaissance était profondément insérée dans la société et les conceptions de son époque, la musique baroque tend à se tourner essentiellement vers les milieux de cour où elle exerce des fonctions sociales et atteint un caractère artistique particulier.

Le compositeur-artisan

L’histoire des grands compositeurs de l’époque baroque est le fruit d’une interaction entre un artiste, un patron et une institution. Patronage et mécénat sont les institutions sociales principales assurant un rapport stable et sûr entre le musicien et son employeur ou protecteur. Le compositeur baroque est le serviteur d’un maître à satisfaire, un artisan ayant en charge un ouvrage. Il compose et joue pour un auditoire défini, pour des occasions et des lieux qui lui sont prescrits.

Les institutions musicales

La musique baroque s’exerce dans trois institutions principales qui correspondent chacune à des lieux spécifiques, à des styles particuliers et à des fonctions sociales précises.

L'ÉGLISE

Dans les cathédrales, les monastères et les églises, les organistes ou les chefs de chœur composent leur propre musique, la jouent et la dirigent. Dans les églises, les organistes improvisent ou écrivent de la musique destinée à accompagner tout ou partie des offices. De la musique plus élaborée pour chœur, solistes et instruments est composée dans les institutions de plus grande taille ou pour des occasions importantes.

LA COUR

Sous le patronage des rois ou des membres de la noblesse, le musicien est embauché au même titre qu’un peintre, un maître de chasse ou un chapelier. Les musiciens sont entièrement au service de leur maître, ce qui leur donne l’assurance de revenus confortables et une existence paisible. La façon dont ils sont considérés varie d’une cour à l’autre, en fonction des goûts du prince. Les musiciens de cour sont bien souvent plus au fait des nouveautés musicales que les musiciens d’église car il leur arrive de voyager avec leur maître et ils sont au contact des grands virtuoses de leur temps, chanteurs et instrumentistes.

L’OPÉRA

Bien qu’un grand nombre d’Opéras soient attachés à une cour (en France, en Autriche ou en Allemagne), certains sont dirigés par des entrepreneurs privés, comme dans les grandes villes italiennes notamment. Le public se presse pour entendre les prouesses des chanteurs ou des danseurs et le travail principal du compositeur consiste à écrire de la musique destinée à mettre en valeur ses interprètes, qu’ils soient attachés au théâtre ou itinérants. Très souvent, c’est le compositeur qui dirige son propre opéra, depuis le clavecin.

Répétition d'une cantate en territoire germanique

Caractéristiques
de la musique baroque

En filant la métaphore architecturale, on peut dire que la musique baroque s’élabore à partir d’un socle dont les fondations sont la basse continue et les piliers sont les accords de l’harmonie, le tout étant décoré par l’ornementation mélodique dans le but de mettre la perspective sonore en mouvement, voire en fuite, au moyen de l’attraction tonale. Ces caractéristiques relient les compositeurs européens de cette époque, qu’il s’agisse de Monteverdi, Purcell, Rameau, Haendel ou Bach.

Partition du début du second acte de Zoroastre de Rameau

L’autre grande caractéristique de la musique baroque est de chercher à saisir l’auditeur dans l’émotion. Jamais, jusqu’à ce moment, la musique ne s’était avisée de tendre par tous les moyens vers cette seule finalité. Dans la musique baroque, le mouvement, le contraste, l’ornement et l’illusion s’unissent dans le but de placer l’homme, en tant que sujet de perception, au centre même de l’univers musical.

Mouvement, contraste et ornement

C’est dans les arts plastiques, et notamment en architecture, que se définit le mieux le style baroque, caractérisé par la complexité et l’harmonie. L’art de la construction se fonde sur l’impression de mouvement dont l’expression principale réside dans le contour. La ligne musicale disparaît dans le mouvement des masses de lumière et d’ombre. La musique baroque préconise l’art du mouvement, la mobilité harmonique, instaure la nouvelle fonction expressive de la dissonance, excite les lignes mélodiques par la magie ornementale ou bien encore par le dialogue des timbres.

La force du contraste illustrée par la technique spécifique du clair-obscur, que ce soit en architecture ou a fortiori en peinture, réhausse l’impression de mouvement. En musique, le goût du contraste prévaut dans l’agencement de l’alternance des différents mouvements (vif/lent/vif) du concerto ou de la sonate, dans le développement de la palette musicale des nuances et des timbres, ou dans le geste de la variation.

Dans l’architecture, la sculpture ou la peinture baroques, c’est le détail ornemental qui accapare le regard en premier lieu, en l’impressionnant par son raffinement. L’ornement est au centre du discours musical baroque : il lui assigne une véritable fonction expressive et structurante. Dès lors, les interprètes sont appelés à participer au luxe de la décoration, en associant dans le meilleur goût cet art de l’agrément à leur savante virtuosité.

Image de la première page manuscrite de la partition du Te Deum de Charpentier

Une riche musique vocale

Profane (air, récitatif, opéra) ou sacrée (motet, oratorio, cantate d’église), la musique vocale représente la plus grande partie de la musique baroque. Dans la plupart des sociétés, la musique accompagnée de paroles est la norme ; la musique strictement instrumentale est moins courante, ou moins importante. Au Moyen-Âge, les mots pour le service de l’Église étaient chantés par des moines et des nonnes sous forme de chant grégorien, puis en musique polyphonique pour les chœurs des cathédrales et des chapelles royales. À la Renaissance, la poésie courtoise est mise en musique sous forme de madrigaux pour un petit groupe de chanteurs solos.

La musique sacrée vocale de la période baroque fait preuve de beaucoup de diversité de style et de forme. La majorité de cette musique est écrite directement pour le service de l’église dans des lieux dédiés et elle est adaptée au rite catholique, luthérien ou anglican.

La musique sacrée possède deux caractéristiques. La première, héritée de la tradition, est la participation du chœur : lorsqu’un soliste chante un texte religieux, il le fait de manière individuelle, tandis que quand un chœur le chante, il parle en communion au nom de toute l’Église. La deuxième, propre à l’époque baroque, est sa tendance forte à emprunter à la musique séculaire vocale, c’est-à-dire à l’opéra. Fascinée par le théâtre, la musique d’église devient de plus en plus théâtrale, d’où la présence d’airs inspirés par l’opera seria italien.

Représentation peinte du flûtiste Michel de La Barre entouré de deux des frères Hotteterre et du violiste Antoine Forqueray, par André Bouys, vers 1710.

Développement de la musique instrumentale

À l’époque baroque, pour la première fois dans l’histoire de la musique, compositeurs et musiciens commencent à prendre au sérieux la musique instrumentale. Jusqu’alors, la musique vocale prédominait en effet sur la musique instrumentale. Les raisons de ce changement majeur sont diverses et liées notamment au développement de la fabrique des instruments de musique (Stradivarius pour la lutherie, Silbermann pour les orgues, Blanchet pour les clavecins, Norman pour les violes), et à la stabilisation du parc instrumental : le consort de la Renaissance perdure et se transforme petit à petit, privilégiant la sonate pour instrument seul et basse continue ou la sonate en trio. La suite de danses reste le genre le plus en vogue dans les salons, tandis que le concerto et le concerto grosso sont applaudis dans les concerts publics.


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