Compositeur de la Chapelle de Louis XIV, artisan du petit et du grand motet français, Henry Du Mont demeure aujourd’hui l’une des grandes figures musicales du Grand Siècle. Cette playlist invite à parcourir l’ensemble de son itinéraire, depuis les premières œuvres, inspirées par la modernité italienne, jusqu’aux grands motets destinés aux offices royaux. Un voyage au cœur d’une musique d’une grande richesse expressive, dont la force de séduction demeure intacte plus de trois siècles après sa composition.

Henry Du Mont : Du pays de Liège à la Chapelle du roi
Playlist par Thomas Leconte, chercheur et responsable éditorial au CMBV
À l’heure où s’achève l’édition scientifique complète de l’œuvre d’Henry Du Mont aux Éditions du Centre de musique baroque de Versailles – les deux derniers volumes, consacrés aux œuvres pour clavier et au plain-chant, paraîtront à la fin de l’année 2026 –, cette playlist propose un parcours musical à travers l’ensemble de la carrière de l’un des compositeurs les plus importants du XVIIe siècle français. Longtemps restée méconnue malgré son importance, en quantité comme en qualité, son œuvre nous est maintenant intégralement accessible.
Du Mont n’avait pourtant jamais complètement disparu des mémoires, grâce notamment à ses cinq messes en plain-chant, qui ont résonné dans les églises françaises jusqu’au concile Vatican II, au milieu du XXe siècle – l’on entend ici le Credo de l’une d’entre elles. Mais sans doute les fidèles ignoraient-ils que leur auteur avait été l’un des maîtres de musique de la Chapelle de Louis XIV, et l’un des meilleurs compositeurs du temps.

Né à Looz, dans les anciens Pays-Bas espagnols vers 1610, Henry Du Mont appartient à cette génération de musiciens qui contribuèrent à renouveler en profondeur la musique française au milieu du XVIIe siècle. Installé à Paris dès les années 1630, il mène d’abord une carrière d’organiste (Allemande en tablature d’orgue, Allemande grave), notamment à l’église Saint-Paul, tout en se faisant connaître comme compositeur de musique sacrée. Sa proximité avec le cercle du duc d’Anjou, frère de Louis XIV, favorise ensuite son entrée à la cour : claveciniste du prince (Pavanne), il est nommé organiste de la reine Marie-Thérèse en 1661 – charge qu’il cumulera avec celle de Maître de la Musique de la souveraine –, avant de devenir, en 1663, sous-maître (c’est-à-dire maître de musique) de la Chapelle royale. Jusqu’à sa retraite en 1683, il participe ainsi à la vie musicale quotidienne de la cour et joue un rôle essentiel dans la définition du répertoire sacré du règne de Louis XIV, notamment dans le développement du petit motet et dans l’émergence du grand motet français.


Les premières publications de Du Mont révèlent un style déjà bien affirmé. Avec les Cantica sacra de 1652 (Magnificat, Vulnerasti cor meum, In lectulo meo) et les Meslanges de 1657 (Pavane, Litanies), recueils publiés avant son entrée à la Chapelle royale, ainsi que les Airs spirituels de 1663 (Preste l’oreille à ma plainte), se dessine déjà un langage singulier. Destinées à des communautés de religieuses et à des cercles urbains, ces œuvres témoignent d’un musicien attentif aux formes concertantes et au langage expressif venus d’Italie, mais soucieux de les adapter aux traditions françaises. Elles comptent parmi les premières manifestations d’une esthétique nouvelle qui allait profondément renouveler la musique sacrée française.




Lorsque Du Mont entre au service de la Chapelle royale, son écriture se déploie dans un autre cadre. Les Motets à deux voix, publiés en 1668, puis les Motets à II, III et IV parties de 1681 (Ave Virgo, Sub umbra noctis profundæ) – auxquels il faut ajouter le superbe Dialogus de anima, resté manuscrit –, rassemblent l’essentiel de sa production de petits motets destinée à la messe quotidienne du roi. Du Mont fut l’un des principaux promoteurs de ce genre en France, auquel il donna quelques-uns de ses exemples les plus représentatifs. Dans ces pages à effectifs réduits, la musique gagne en concentration : l’équilibre des lignes, la clarté du texte et la souplesse de la déclamation y dessinent un art intime, en contrepoint du grand motet, qui reste l’élément essentiel de la messe du roi.
C’est précisément vers le grand motet que conduit la dernière étape de notre parcours. Avec son collègue Pierre Robert et Lully, Du Mont compte parmi les principaux inventeurs de ce genre typiquement français, qui occupe dès lors une place centrale dans la musique du règne de Louis XIV. Destinés à la messe quotidienne du roi, ces grands motets associent voix solistes, chœur et instruments dans des œuvres d’une grande ampleur sonore, qui magnifient l’office royal. Les vingt Motets pour la Chapelle du Roy publiés en 1686 – dont on entend ici trois exemples, O mysterium (1666), Pulsate tympana (1669), Super flumina Babylonis (1674) –, auxquels s’ajoutent six grands motets conservés sous forme manuscrite, montrent toute l’importance de cette contribution et placent Du Mont parmi les figures fondatrices de la musique sacrée française du Grand Siècle.


À travers ces différentes étapes se dessine le portrait d’un musicien à la fois héritier et novateur. Son œuvre témoigne d’un moment important de l’histoire musicale française, lorsque les traditions du premier XVIIe siècle rencontrent des formes et des sensibilités nouvelles. Plus de trois siècles après sa composition, elle conserve toute sa puissance expressive et permet de redécouvrir l’une des figures musicales majeures du Grand Siècle.




