Après un travail de recherche organologique et archivistique consacré à la flûte à bec en France à la fin du XVIIᵉ siècle, le Centre de musique baroque de Versailles enrichit son parc instrumental d’un consort complet de flûtes à bec, augmenté de deux grandes basses expérimentales.
Instrument emblématique du XVIIᵉ siècle, aux côtés de la viole et du théorbe, la flûte à bec occupe une place essentielle dans la musique française. Présente dans le ballet, l’opéra et les suites instrumentales, elle participe pleinement à la recherche de textures, de couleurs et de climats sonores propres à l’art français — le célèbre « sommeil » d’Atys en étant l’un des exemples les plus marquants.
Pourtant, les instruments reconstruits d’après des modèles français ou influencés par la facture française restent rares, en particulier dans les diapasons 392 Hz et 400 Hz, utilisés pour le répertoire du XVIIᵉ siècle. Le CMBV a donc souhaité faire reconstruire un consort complet comprenant petit-dessus (sopranino), haute-contre (soprano), taille (contralto), quintes (ténor) et petite basse de flûte (bassette), construit par le facteur Marco Magalhães.
Ce consort est complété par deux grandes basses de flûte expérimentales, en fa et en do, réalisées par le facteur Henri Gohin. Ces instruments prolongent un travail spécifique autour de la « grande basse » de flûte, mentionnée notamment par Lully dans Le Triomphe de l’Amour en 1681, mais dont aucun exemplaire ancien n’a été conservé.

Ce nouveau consort de flûtes rejoint désormais le parc instrumental du CMBV. Il est disponible pour les ensembles professionnels et les classes de conservatoires, en location ou dans le cadre de partenariats artistiques et pédagogiques, afin de favoriser l’expérimentation, la transmission et l’interprétation historiquement informée du répertoire français des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.
Le projet a été mené avec l’appui d’un comité de pilotage réunissant Augustin d’Arco, Tiago Freire, Alexis Kossenko, Claire Michon, Anaïs Ramage et Jérémy Papasergio.
La construction du consort et des grandes basses de flûte a été rendue possible grâce au généreux soutien de Madame Nicole Muffat et de Monsieur Arnoul Charoy, grands mécènes du projet.
Marco Magalhães
Musicien, facteur de flûtes à bec et enseignant, Marco Magalhães s’intéresse particulièrement à la copie d’instruments historiques de la Renaissance et de l’époque baroque. Il commence à fabriquer ses propres flûtes en 2010, accompagné par le facteur japonais Fumitaka Saito, et nourrit son travail d’échanges réguliers avec l’atelier d’Adrian Brown. Sa recherche porte sur des instruments capables d’offrir un son clair, flexible et riche en harmoniques, au service du souffle et de la résonance.
Henri Gohin
Facteur d’instruments à vent historiques, Henri Gohin fabrique depuis 1978 des instruments dédiés à la musique ancienne. Initialement formé à la facture des flûtes à bec par Claude Monin, il a progressivement élargi son travail aux instruments à anche double et aux cornets à bouquin. Ses recherches, menées en dialogue avec les musiciens spécialistes, l’ont conduit à développer de nombreux modèles dans différentes tessitures. Son atelier est reconnu Entreprise du Patrimoine Vivant.